Réflexion sur le système des championnats de Belgique match/feeder (mais aussi les concours)

La compétition est un loisir passionnant, voire obsédant. On y consacre du temps, de l'énergie et de l'argent. Certains ne l'aimeront jamais et, pour ceux qui l'apprécient, cet amour n'est pas toujours régulier. Pour ma part, j'en suis à ma deuxième phase : la première consacrée à l'anglaise et au coup se terminait vers 2004, alors que celle-ci, dédiée au feeder, est toute récente. De ces 10 années passées à "simplement" pêcher, je retire une urgente envie de liberté et d'objectivité. En d'autres termes, pouvoir utiliser toutes les techniques possibles pour prendre du poisson et ne pas se baser sur une journée, mais pêcher des saisons entières, me semblent des principes fondamentaux. De ce fait, j'ai quelques réflexions sur la compétition et son règlement en Belgique, car je pense qu'on fait plus logique ailleurs.


Le règlement

S'il est en effet plus simple de transposer les règlements FIPS à nos championnats nationaux, rien ne nous empêche de peser au maximum sur les décisions de la fédé internationale et de prôner un peu de souplesse. Mais, j'ai souvent l'impression qu'on veut faire plus dur (pas mieux malheureusement) qu'ailleurs en Belgique. 
Prenons quelques exemples parlants : 
  • Au feeder, pêcher avec un plomb simple n'est pas autorisé, alors que cette interdiction est absente du règlement FIPS. Pourquoi ? Je ne vois aucune raison halieutique à cela.
  • La fronde n'est pas non plus autorisée. De nouveau, pourquoi ? Dans mes pêches de spécimens et de nombreux étangs à gros poissons, il est intéressant de laisser sa ligne en place, tranquille, et de procéder à un amorçage léger et discret. Halieutiquement parlant, ça se défend et ça se comprend.
  • Pourquoi interdire les bas de ligne de moins de 50 centimètres ? Quelle peut être la raison à cela. De nouveau, d'un point de vue de la pêche, cela ne repose sur rien. En effet, pourquoi empêcher le pêcheur de répondre de manière optimale à l'humeur du poisson ? Interdit-on au pêcheur au coup d'avoir un plomb de touche à 5cm de l'hameçon ? L'oblige-t-on à n'utiliser qu'un plomb de touche particulier ? Non, sa ligne s'adapte à la manière de mordre du poisson. C'est normal et logique ! J'ai beau chercher, je ne vois pas pourquoi je devrais me priver de bas de ligne court dans certaines conditions (tanches aux touches délicates, barbeaux se servant directement dans un feeder rempli d'asticots, etc.). Pourquoi ne pas non plus limiter sa longueur maximale à 100 cm tant qu'on y est ?
  • Le method feeder, pourquoi l'interdire, sinon pour son bas de ligne très court ... et ce n'est pas une raison, vu mes arguments ci-dessus !
  • La distance de pêche : à l'anglaise, elle est fixée à minimum 25 mètres et au feeder à 15 ? Encore une fois, cela relève de l'absurde le plus complet. On pêche là où se trouve le poisson et s'il est à 10 mètres, on le pêche à cet endroit précis. Cette limitation n'est pas présente dans le règlement FIPS et, pour prendre un exemple simple à comprendre, limiter la distance de pêche, c'est comme dire à un compétiteur à la grande canne qu'il ne peu pas utiliser sa canne à moins de 11.5m, parce que c'est la distance fixée. Heureusement qu'on peut toujours faire des pêches de bordures, heureusement qu'on a le choix à la grande canne... Ne parlons même pas des réclamations possibles (et souvent très partisanes et peu justifiées) que ces limites engendrent. Enfin, ma crainte la plus claire est celle-ci : cette limite ne va-t-elle pas déclasser de facto tous les lieux de pêches trop étroits, comme nos rivières naturelles ? Ces lieux sont déjà peut pratiqués et pourtant si passionnants, nos compétitions se cantonnant à de grands bacs d'aviron rectilignes et aux canaux. En fait, à mon sens,vouloir toujours fixer une distance minimale, c'est au mieux incongru !
  • Pourquoi enfin interdire certaines esches ? Le pêcheur de spécimen que je suis ne voit aucune raison valable à tout ceci. C'est arbitraire et ne repose sur rien en particulier. L'efficacité d'un bon pêcheur et, a fortiori, d'un compétiteur ne repose-t-elle pas sur sa capacité à s'adapter à la situation ?
L'exemple de Steve Ringer est très parlante : il a été champion du monde et domine largement les débats depuis quelques années. Pourtant, lors de compétitions en Angleterre, on peut admirer sa technique parfaite pour envoyer un montage "bomb" à l'eau, fronder avec précision des pellets et pêcher au method les bordures proches. Cela a-t-il compromis ses qualités de compétiteur à utiliser des techniques pour la plupart interdites par la FIPS ou notre BFA ? Non, certainement pas. On peut même affirmer que cette expérience et cette polyvalence lui donnent une belle longueur d'avance.


Les championnats

Je ne dirai qu'une seule chose : est-il bien normal de décider du nom du champion en une seule petite manche, tant au feeder qu'à l'anglaise ? Et bien, mon avis est que si les précédents champions ont mieux pêché le jour de leur sacre que les autres pêcheurs, un système à la française, en 4 manches sur le week-end et le même parcours me semble d'évidence plus correct pour désigner le meilleur ! Qui n'a jamais eu une mauvaise manche, une place impêchable ou une journée de travers ? Le nombre de manches, avec changement de place, bien entendu, limiterait l'impact de la chance (ou de la poisse). Certains rétorqueront que cela va augmenter le coût des championnats. C'est clair, mais l'investissement pour aller s’entraîner plusieurs fois ne mérite-il pas cela ?

Épilogue 

Pour conclure, mes réflexions se veulent être plus un plaidoyer pour la souplesse qu'une critique destructive. Soyons élitistes, favorisons les meilleurs et non les plus chanceux, privilégions la régularité et la polyvalence, sans pour autant déprécier le coup d'éclat, et donnons les moyens aux pêcheurs débutants de se bâtir une expérience et d'apprendre au contact des meilleurs.

Sources

BFA Feeder 
FIPS Feeder