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Amorce et feeder : les notions de base


L'amorce est le plus vaste sujet de fantasmes et d'histoires plus ou moins réelles. Qui n'a jamais entendu parler des secrets de X ou Y ? Qui n'a jamais été obnubilé par un détail, tel le spectateur trompé par le magicien ? On a tous cru à la petite poudre blanche, dont le sachet était vidé dans le mélange, à la vue de tous, puis enfoncé bien profondément dans la poche du pêcheur qui se savait espionné. Ce subterfuge était bien entendu là pour détourner notre regard du vrai "secret" : une utilisation spéciale de la terre, une technique particulière, parfois de la triche (en concours), ...
Je vais essayer de démystifier tout ça en passant en revue le b.a.-ba de la confection d'une bonne amorce. Simplicité, équilibre et fraîcheur, c'est ça, le vrai secret !

Comment fonctionne une bonne amorce ?

Une bonne amorce doit répondre à quelques exigences, ne doit pas être excessivement compliquée sous peine d'être incontrôlable et doit être facile à mettre en œuvre, à mouiller, à adapter aux conditions. Par exemple, utiliser un composant qu'on sait introuvable ou dont la qualité fluctue est un risque. Changer tout le temps de provenance de chapelure aussi.


L'action mécanique

Une amorce peut travailler de bien des manières. Les particules peuvent être relâchées soit verticalement, à la descente comme à partir du fond (plutôt pour les petits poissons ou pour faire un appel important), soit horizontalement, donc près du fond (sélection des gros poissons). Cette action peut être rapide (amorce peu collante ou peu mouillée) ou lente (amorce collante ou fort mouillée).

L'action mécanique est d'abord contrôlée par la mouille de l'amorce, mais aussi par le choix des composants. Cela veut dire que l'on peut obtenir des résultats très différents avec une même composition : 
  1. Peu mouillée, elle travaillera rapidement et aura tendance à agir verticalement
  2. Alors que normalement mouillée, son travail sera plus lent et horizontal
  3. Trop mouillée, elle ne travaillera presque plus et collera excessivement
  4. Et, encore beaucoup plus mouillée, donc quasiment en soupe (en fait sous forme de pâte molle), la quantité d'eau va diminuer la cohésion et rendre l'amorce inerte. Elle s'ouvrira cependant très vite
Ensuite, l'action mécanique est contrôlée par le serrage de l'amorce dans le feeder et la quantité d'esches incorporées :  
1. Plus une amorce est serrée dans le feeder, plus lente sera son action

2. Plus il y aura d'esches, moins l'amorce aura de cohésion, augmentant de ce fait la vitesse de dispersion 

Pour ce qui est des composants, certains seront collants (chapelure blanche, BC collant et TTX de maïs, PV1, bentonite, etc.), d'autres neutres (chapelure rousse, terre de Somme, ...) au encore dispersants (coco, galette, chanvre moulu, etc.). Une bonne amorce doit comporter un peu de tout pour avoir une action mécanique adaptée. 

L'action gustative et olfactive

Les poissons sont très efficaces pour détecter les goûts : sucré, salé, huileux, viandé-poissonné, ... Une amorce doit être appétissante pour un poisson, donc pas seulement plaire au pêcheur ! Une "bonne petite mauvaise" odeur est souvent plus efficace pour prendre du poisson qu'agréable à sentir. 
Par eaux tempérées à tièdes, les goûts et les odeurs se diffusent mieux, alors qu'en hiver, les eaux froides diminuent leur propagation. Donc, dès que le thermomètre baisse, augmentez la valeur gustative et olfactive de votre amorce (additifs divers).


La couleur

A mon sens, la couleur de l'amorce dépend principalement de 2 choses :
  1. La couleur du fond : selon le poisson recherché, son comportement et sa taille, ainsi que la présence de carnassiers, vous allez utiliser des amorces claires ou sombres. J'utilise rarement des amorces jaune vif (sauf pour la brème par eaux troubles) et mes couleurs préférées sont le beige, le vert et le marron foncé (voire le presque noir). Oui, je suis plutôt prudent, sauf par eaux chargées :)
  2. Le degré de turbidité de l'eau : la règle est simple et elle dit d'utiliser des amorces claires par eaux troubles et foncées par eaux claires
Dans le premier cas, il est question d'être vu et, dans le second cas, de ne pas trancher avec le fond, rendant de ce fait les poissons visibles à d'éventuels prédateurs quand ils passent au dessus de l'amorce. 

Obtenir des amorces foncées et qui le restent nécessite l'utilisation de composants spécifiques et de terre noire ou colorée. Le noir de vigne s'éclaircit vite au fond de l'eau et les colorants se rincent peu à peu. Je préfère donc utiliser des composants naturellement foncés, y compris du charbon moulu, et qui m'apportent une action mécanique et/ou une valeur gustative.

La valeur nutritive

Le risque de trop nourrir le poisson au feeder est plutôt faible. De ce fait, je pense qu'il faut toujours pouvoir proposer une amorce très appétissante aux poissons, mais il faut savoir en diminuer la valeur nutritive de 3 manières :

  1. Varier la taille des feeders
  2. Utiliser des produits neutres comme de la terre
  3. Varier la quantité et la nature des esches dans le feeder
La valeur nutritive peut aussi être modifiée par la granulométrie de l'amorce : une composition fine sera moins nourrissante qu'une forte mouture. Préférez donc des amorces fines à moyennes, histoire de tenter le poisson sans lui permettre de se gaver rapidement.


Les composants principaux

Une bonne amorce ne doit pas être compliquée, mais plutôt avoir de bonnes bases : des composants frais et bien choisis. Ne vous dispersez pas en testant tout le temps des amorces différentes. C'est inutile et mauvais pour votre confiance, qui est le socle sur lequel votre pêche repose. Prenez une bonne base et faites-la évoluer. Si vous perdez confiance, relancez-vous avec une bonne amorce du commerce, comme de la VDE G5, de l'Evezet Teammix Brasem ou Voorn, de la Mondial-F Turbo, ... Et si vous doutez trop, dites-vous qu'on gagne tous les dimanches des concours avec des amorces toutes faites. Il n'y a aucune honte à les utiliser !

ATTENTION : je ne parle qu'en volume et non en poids, vu les différences de densités des composants.


Les farines

Il est capital que vos farines soient fraîches et non rances ou suries. 

On dénombre quelques grandes familles de composants, d'abord les bases :
Les chapelures de pain : la base de la base qui peut représenter jusqu'à 50%. Plus elle est claire, plus elle colle et est nourrissante. Plus elle est foncée et grillée, moins elle colle.
Les biscuits : un des apports de sucre (jusqu'à 30%). Plus le biscuit est gras, plus il colle et convient aux gros poissons et au courant. A l'opposé, la farine de galette est légère et dispersante.
Les composés de maïs : un autre apport de sucre (jusqu'à 50%). De mouture très variable, le maïs peut être collant (TTX, BC, gluten, polenta ébouillantée) ou dispersant (polenta crue, gaude de maïs). C'est la base pour une amorce à brème.
Les composés d'arachide : salés, nourrissants et gras (maximum 15%). Surissent vite, tenez-les donc au frais et à l'abri de l'air. Très appréciés des gros cyprinidés.
Le PV1 pour augmenter le pouvoir collant et le taux de sucre d'une amorce (maximum 15%). Un grand classique pour le gardon.

Ensuite, les adjuvants :
Les farines de poissons (y compris les pellets moulus) : très protéinées, elles s'imposent depuis quelques années pour le gros poisson (5-15%), surtout couplées à du sucré
Le pastoncino : sucré, nourrissant, coloré, riche en graisse, il améliore une amorce à raison d'une poignée par kilo de farine
Les graines moulues (et entières) : font travailler l'amorce verticalement et/ou horizontalement (jusqu'à 15%)
Les coprahs, farines de noix et autres cocos : ont des actions très différentes les uns des autres (travail souvent horizontal, parfois vertical, peut ne pas coller, comme avoir un pouvoir liant important). Jusqu'à 10% dans les amorces de fond et 50% dans celles de surface


Exemple : 



Les terres

La terre peut représenter de 20 à 100% du mélange en volume. On peut la sucrer (additif liquide, cassonade, ...), y mettre des graines entières ou moulues, etc. Incontournable quand on utilise du fouillis, mais aussi des vers découpés, et/ou qu'on recherche la brème en courant.

Il existe plusieurs types de terres et voici celles de base (humidifiées):
Terre de rivière : très foncée, collante et ne nuageant pratiquement pas (excellente pour le gardon)
Terre de somme : fine, assez peu collante, beige foncé, elle a tendance à bien nuager (excellente pour la brème)

Ensuite les additifs (ajoutés secs à l'amorce) :
Bentonite : cette terre grise, très collante, est fournie sèche et sert à rendre une amorce plus collante, mais s'ouvre rapidement au fond
Litou : jaune ocre, le litou est un excellent traçant, très apprécié de la brème
Argile extra-sèche : sert à décoller le fouillis (sans le faire flotter) et peut également être mélangée à l'amorce avant le mouillage pour l'alourdir

Toutes ces terres peuvent (et doivent) être mélangées ensemble pour s'adapter à la situation


Préparer son amorce

La meilleure amorce du monde ne vaudra rien si elle est mal préparée. C'est pourtant une étape que beaucoup de pêcheurs ont tendance à passer en vitesse, faisant de ce fait une erreur importante. C'est comme si vous alliez au restaurant et que le chef précipitait la cuisson de votre rôti et vous servait des pommes de terre encore dures. Inacceptable !
Pour bien travailler, vous avez besoin de bons outils :
  1. Une bassine large et rigide (25 ou 40L) ou souple (20-25L - mon choix pour mes pêches itinérantes) pour mélanger l'amorce
  2. Une bassine plus petite pour stocker l'amorce avant tamisage
  3. 2 tamis s'adaptant sur la grande bassine : le premier avec des mailles de 3-4mm (pour les amorces plus fines et les casters) et le second muni de mailles de +/-6mm (pour les amorces de rivières et la terre)
  4. Un seau pour l'eau (+/- 5L, en provenance directe du supermarché) attaché à une corde de 5 mètres
  5. Une mesurette de 1L pour mouiller avec précision l'amorce (on trouve ça au rayon cuisine)
  6. Un pulvérisateur pour humidifier la terre (celui que vous trouvez dans le magasin de bricolage du coin)

 Je pars du principe que je connais l'eau que je vais pêcher (fond, courant, population piscicole). Je procède toujours de la même manière :
  1. J'arrive au bord de l'eau, je débarque mon matériel et, avant de placer quoi que ce soit, je mouille une première fois l'amorce avec l'eau, une soupe de TTX ou de BC, etc. (2/3 à 3/4 du liquide nécessaire) et de l'additif si nécessaire. La première mouille doit donner une amorce semblant être bonne : serrée à la main, la boule doit tenir et il ne doit pas y avoir de particules non mouillées, grâce à un brassage énergique
  2. Ensuite, je monte mon panier, ma desserte et sonde ma place avec minutie (comptez 45min en tout)
  3. Je reviens à mon amorce qui a pompé beaucoup d'eau, paraît presque sèche et doit être remouillée. Il faut rajouter très progressivement et par petites quantités de l'eau, sous peine de rater la rectification. De nouveau, une boule serrée dans une main doit bien tenir
  4. Je termine de préparer mon matériel et mes esches (30min)
  5. Je vérifie une dernière fois la mouille de mon amorce. Le résultat doit coller, mais sans être trop humide, sous peine de colmater le feeder et de ne pas servir à grand chose
  6. Enfin, je tamise mon amorce pour éliminer les grumeaux et bien l’aérer. C'est une étape fondamentale et nécessaire si vous voulez obtenir une amorce travaillant de manière uniforme
    Amorce tamisée et uniforme

Plus ou moins mouillée ?

Là est la question. Sans que ça soit absolu, voici quelques informations pour motiver votre choix :
  1. Peu profondeur et/ou peu de courant et/ou courte distance = amorce faiblement mouillée
  2. Beaucoup d'eau et/ou beaucoup de courant et/ou longue distance = amorce plus mouillée (voire très humide)
  3. Si vous utilisez beaucoup de vers de terreau hachés, mouillez moins l'amorce à cause du jus des vers
  4. Si vous incorporez beaucoup d'esches, comme des casters ou des asticots, mouillez plus l'amorce
La règle générale est qu'on doit toujours ramener un feeder vide avec un poisson, sinon, il ne distribue pas l'amorce assez vite. Au gardon, par contre, il est intéressant de pouvoir relancer vite après une prise, avec un feeder à peine vidé.

Préparer sa soupe de TTX, BC ou chanvre

J'apprécie utiliser ce mode de mouillage. Il donne une bonne densité à l'amorce et permet une diffusion des goûts plus lente et durable. Je prépare ma "soupe" le soir avant la pêche et je mouille l'amorce avec le matin. Voici ma manière de faire :
  1. Utilisez un seau de 5L
  2. Placez la quantité nécessaire de TTX, de BC en pellet et/ou de chanvre moulu (2/3 de TTX ou BC + 1/3 de chanvre moulu)
  3. Versez de l'eau très chaude (= 3 fois le volume du sec) avec jusqu'à 10% de volume d'additif liquide (comme le Boilieman Soak Tutti Frutti, dont je suis un grand supporter). Cela imprégnera mieux les particules d'amorces


Avec ou sans terre ?

La terre est un composant fondamental pour une série de poissons, tels que la brème et les gros poissons fouilleurs. Elle conserve également bien vivant le fouillis de vers de vase, est dense et résiste donc bien au courant. Elle dégage un nuage plus ou moins important (selon la terre) et n'est pas nourrissante.
Son action mécanique est différente selon le moment d'incorporation avec l'amorce farineuse :
  1. Mélangée à sec avec la farine, elle va avoir un effet sur-mouillant, utile en courant soutenu
  2. Mouillée à part, puis incorporée 30 minutes au moins avant la pêche, elle va faire coller l'amorce et permettra de mettre beaucoup d'esches
  3. Mouillée à part, mais incorporée au fur et à mesure à l'amorce, elle augmentera la vitesse d'ouverture de l'amorce dans l'eau et augmentera l'appel

Mouiller la terre

Je suis pour ne pas trop chipoter en matière de mouille de terre. S'il existe quelques techniques assez compliquées (comme le journal posé sur la terre, sur lequel on verse un peu d'eau : Il faut laisser l'eau percoler la nuit et, le matin, on obtient une terre parfaitement mouillée ... ou non), je préfère la bonne vieille technique utilisée pour l'amorce ! Il suffit d'y aller moins vite et plus progressivement, en ajoutant peu d'eau à chaque fois et en terminant la mouille au pulvérisateur. Un bon coup de tamis et le tour est joué !

  • Si vous ajoutez des graines moulues ou un peu d'amorce à votre terre, faites-le après mouillage, et ce afin de permettre à la terre de travailler
  • Si, par contre, vous voulez sucrer votre terre, faites-le avant de mouiller avec du sucre ou de la cassonade, ou pendant, avec des produits sucrants liquides, car, en pratiquant de la sorte, vous améliorez la pénétration du sucre dans la terre



Quelques exemples d'amorces


Bon, pas de secrets ici, mais des compositions qui fonctionnent bien et que j'utilise depuis longtemps. Tout est en volume, pas en poids

Brème et rivière

2 vol Boilieman Feeder Yellow
1 vol BC collant fin
1 vol Boilieman Method Green
Mouiller avec 10% de liquide Tutti Frutti Boilieman
A mélanger avec de la terre (2 à 6 volumes)



Gardon et plaquettes

2 vol VDE G5
1 vol Evezet Dreamteammix
1/2 vol chanvre grillé moulu
1/4 vol coriandre moulue
Ajouter 1 vol de terre de somme noire ou de terre de rivière noire


Etang

2 vol Boilieman Method Green
1 vol BC collant fin
1/2 vol de pellet Coppens Premium 2mm humidifiés
Mouiller avec 10% de liquide Tutti Frutti Boilieman 


Conclusion

Voilà, il ne vous reste plus qu'à aller pêcher et à améliorer vos compositions. N'oubliez pas que l'amorce est avant tout le véhicule de vos esches (encore faut-il que ce soit le bon véhicule), alors, n'y voyez rien de magique et restez simples. Votre précision, votre rythme et le choix des esches me semblent être plus importants que ce que vous allez utiliser comme amorce. Cependant, le choix de cette dernière doit être judicieux, au risque de ruiner votre belle préparation !

Le prochain article sera consacré aux additifs liquides et secs pour booster vos amorces, comme ils disent dans les publicités !