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mercredi 27 mars 2013

Les techniques de base du feeder

Je réédite ici un article publié dans les numéros 174 et 175 de cette même revue. Le contenu, vieux de 12 ans, y est refondu et modernisé. En réalité, les bases n’ont pas changé, mais la technique s’est diversifiée. Donc, pour 2013, voici ce que vous devez connaître pour bien commencer le feeder. Je m’attaquerai aux method feeders et autres montages spécifiques dans les prochains numéros. Bonne (re)lecture !


Depuis plusieurs années, il est frappant de constater que le pêcheur veut aller prendre le poisson de plus en plus loin. Cependant, dans sa quête d’espace, il a souvent manqué d’imagination et s’est contenté d’allonger sa canne. Comme vous le savez tous, plus la canne est longue, plus son prix est élevé. Les jeunes pêcheurs, désireux eux-aussi de participer à la fête, sont confrontés à un problème de taille : l’argent. Nombreux sont ceux qui abandonnent, dégoûtés par les frais somptuaires qu’entraîne l’achat d’une 11 mètres. Cet article, je l’espère, permettra peut-être de faire découvrir aux plus réticents les très nombreux avantages du Feeder, et, entre autres, son coût très modéré. Avis à la population, cette technique est d’intérêt public.


Le matériel requis


Vous voulez pêcher loin et prendre beaucoup de poissons sans vous ruiner, suivez le guide ! Je vous donne ici quelques renseignements qui vous permettront de ne pas vous tromper lors de vos futurs achats.

La canne

Une bonne canne se trouve désormais assez facilement. Choisissez la, munie si possible d’au moins un scion de rechange.
Son blank, c’est-à-dire ses éléments les plus gros, doit être rigide et ne plier qu’en sa partie supérieure (action de pointe marquée). J’insiste sur cette qualité, c’est primordial.
Les anneaux doivent être également de qualité car cette technique les sollicite énormément (AOL, ou mieux SIC)
Comment choisir son action ?
  • La LIGHT (léger en Anglais) permet de lancer jusqu’à +/- 40 g et convient donc aux pêches délicates en étang ou en canal de petit gabarit.
  • La MEDIUM (moyen, toujours dans la langue de Shakespeare) supporte des feeders de +/- 65 g et est assez polyvalente (rivière, canal, étang).
  • Les HEAVY et EXTRA-HEAVY (lourd) sont à réserver pour la pêche des gros poissons (carpes, barbeaux, brèmes) en fleuve ou en rivière (Meuse, Ourthe) avec des feeders pouvant atteindre +/- 115 g. Elles sont aussi des plus utiles pour pratiquer votre sport à très longue distance (60-70 mètres et plus). Ne craignez pas leur très grande rigidité, elle est nécessaire pour lutter contre le courant. C’est la canne de base pour la Meuse.

 

Le moulinet

Un bon moulinet mi-lourd fera parfaitement l’affaire. Certaines marques ont commercialisé des moulins «spécial feeder», profitez-en, mais surtout, par pitié, ne lésinez pas sur sa qualité, car s’il est un composant qui souffre au feeder, c’est bien le moulin. Shimano et Daiwa sont deux marques qui ne m’ont jamais laissé tomber.

Le petit matériel

  • Les piques télescopiques : elles doivent assurer une bonne stabilité à la canne. Il en faut une longue (min. 1,5 m) pour pêcher en rivière et une courte pour les plans d’eau sans courant. Des pieds adaptables sur panier/plancher sont également disponibles. Ils sont très pratiques car ils évitent de devoir piquer quoi que ce soit dans le sol.


  • La tête de pique doit être large et doit maintenir la canne en place afin d’éviter que celle-ci ne soit emportée par un poisson (ne riez pas, c’est arrivé devant mes yeux !).
  • Du fil de bonne qualité. Je vous conseille de ne pas pêcher trop fin. En effet, les contraintes subies par ce dernier sont importantes. Disons qu’un bon 20 à 25/100 est idéal. Les nylons pour la carpe conviennent très bien et sont disponibles en bobine de 1000 à 1500m, dont le prix est bien intéressant. Pour ma part, j’utilise du nylon de surfcasting de la marque Sakuma, en vente sur le site internet à environ 12€ pour 1500m (www.sakuma.co.uk).
  • Vous pouvez également utiliser de la tresse pour pêcher à plus de 40 mètres. J’en parlerai dans un article suivant.


Les feeders

Il existe 3 types communs de feeders :

1.Le feeder cage : en grillage métallique, il permet à l’amorce de très vite s’en échapper. Selon le mouillage de l’amorce, on peut également l’utiliser dans les eaux dépassant 3 mètres de fond. 10, 20, 30, 40 grammes sont les dimensions les plus utiles. Ce modèle étant très polyvalent, il tend à remplacer le suivant et est désormais disponible de 5 à 150g. Si vous devez choisir un seul feeder, ce sera lui !




2.Le feeder ouvert : la plupart du temps en plastique, il est une sorte de petit cylindre ouvert en ses deux extrémités. Il convient pour les pêches dans les courants forts ou bien dans les eaux profondes telles que la Meuse. De 20 à 70 grammes, voire plus.




3.Le feeder fermé : il est réservé à l’amorçage à l’asticot et n’est donc pas efficace avec de l’amorce. Quand il est plat, il est l’un de vos meilleurs alliés pour aller taquiner le barbeau dans l’Ourthe ou la Semois. Cette forme permet au feeder de rester en place sur le fond. Prenez-les de 20 à 90 grammes.




Remarques : Les method feeders sont un autre type d’amorçoirs. Ils sont apparus il y a quelques années pour pêcher les carpes et d’autres gros poissons en étang. Actuellement, leur polyvalence intéressante les a amenés à être pêchés un peu partout, y compris en rivière sur des barbeaux. J’en parlerai dans un article suivant que voici : Le Method feeder


Mes method feeders

Comme vous venez de le constater, point n’est besoin de posséder un lourd arsenal pour pratiquer le feeder : une canne, un moulin, une pique, quelques feeders et le tour est joué. Je vais maintenant aborder les montages les plus utilisés. Ceux-ci sont aussi, à mon avis, les plus simples et les meilleurs.

Les montages


Par pitié, pourquoi faire compliqué alors que l’on peut faire si simple. Bannissez une fois pour toutes les anti-emmêleurs, gadgets qui font tout sauf ce pour quoi ils ont été conçus et, en plus, rendent la ligne très peu sensible. Les 3 montages, dont vous pouvez voir les schémas ci-contre, sont des grands classiques qui ont maintes fois fait leurs preuves.

 

Le montage LOOP

Pêchant la plupart du temps en Meuse, c’est le montage que j’utilise le plus. Il suffit de torsader le fil sur 12 à 15 cm (en vrillant le nylon entre ses doigts), de bloquer cette torsade par un nœud triple en ayant pris soin de laisser dépasser un brin du fil sur 25 cm. Sur ce fil qui dépasse, vous enfilerez un émerillon à agrafe. Il vous suffira de fermer cette boucle (LOOP en Anglais) par un double nœud. La torsade sert d’anti-emmêleur avec une efficacité remarquable. Si vous emmêlez avec un tel montage, c’est que vous le faites exprès.

Le montage sur potence (dérivation)

Avec le fil du moulinet, réalisez une grande boucle d’environ 40 cm. Réalisez un triple nœud (attention, c’est important !) pour fermer celle-ci. Coupez le fil de cette boucle en faisant en sorte de laisser un des deux brins plus long que l’autre. Au plus court vous attacherez le feeder et au plus long le bas de ligne. Ce montage très sensible est particulièrement efficace sur les gardons et les brèmes en eau calme.

Le montage Ledger

Il est utilisé aussi bien en mer qu’en eau douce pour prendre des carnassiers ou des blancs.. Il a été popularisé par les carpistes dans les années 80 et est toujours mon préféré pour le barbeau et les poissons combatifs en général, ainsi que pour la raie en mer. Le plomb peut coulisser librement sur la ligne ou, au contraire, être monté fixe. Il est néanmoins moins sensible que les deux premiers montages ci-dessus.

La pratique


Bien entendu, lors de vos premiers pas dans cette technique, vous ne possèderez (possédiez) probablement pas tout le matériel requis. Au-delà de l’acquisition d’une canne et des accessoires, il est un dicton que l’on ne doit pas oublier : «le matériel ne fait pas le pêcheur»….mais il contribue néanmoins, sinon à le rendre meilleur, tout du moins à lui faciliter la tâche ! Pensez-y. Il est plus aisé d’apprendre à skier avec des skis qu’avec des rollers.
Voici donc les trucs et ficelles de base afin que vous puissiez entamer une partie de pêche avec sérénité.

L’amorce

A tout seigneur, tout honneur. Nous nous pencherons tout d’abord sur sa composition :
Mon credo est définitivement celui-ci : «Pourquoi faire compliqué alors que la simplicité est payante ?». C’est la règle première lorsqu’on élabore une amorce. Pour ma part, j’en utilise deux différentes, l’une du commerce et l’autre de mon cru. Ces recettes ont plus de 10 ans, certes, mais comme le disait Georges Hirsch, un des meilleurs compétiteurs que la province ait compté : «Il y a 10 ans, tu aimais les frites ? Et maintenant, tu les aimes toujours ?». La réponse est «Oui et pour les poissons, c’est la même chose». La base reste, seuls certains détails changent.

Amorce du commerce

Claire
1 kg Vanden Eynden Feeder (biscuit + BC)
0,5 kg chapelure rousse
Foncée
1 kg Vanden Eynden G5
0.5 kg Sensas Feeder Gardon noire

Amorce maison

5 volumes chapelure rousse
2 v. biscuit
2 v. TTX fin
1 ½ v. chanvre moulu
1 v. bird food rouge et jaune

De plus, dans le cas du feeder, ce n’est pas la composition qui est la plus importante, mais bien le mouillage : l’amorce doit être à peine humide. Je m’explique. Une amorce trop mouillée prendra beaucoup trop de temps pour sortir du feeder. D’une manière plus pratique, si vous ramenez régulièrement un amorçoir quasi plein après avoir ferré un poisson, soit votre préparation est trop mouillée, soit vous la serrez trop fort. En rivière profonde et rapide, l’amorce supporte d’être plus collante, par contre, dès que les fonds diminuent ou que le poisson mord bien, il faut absolument que votre mélange travaille très vite.

La précision

Il n’est pas question de lancer n’importe où. Il est donc nécessaire de choisir une cible fixe (pas une vache !) sur la berge d’en face, afin de définir l’axe de pêche (voir tableau ci-dessous).
Pour ne pas perdre la distance de pêche, un bon coup de marqueur indélébile ou de Tipp Ex fera l’affaire. Bien que cela soit très efficace, je ne suis pas un adepte du fil coincé dans le line clip du moulin, simplement parce que si une carpe mord et démarre, ça sera la casse assurée. Bloquer le fil sur la bobine à l’aide d’un élastique est quasiment aussi efficace, mais bien moins risqué.
La précision est un facteur fondamental dans cette technique. Rassurez-vous, si ce n’est déjà fait, elle s’acquiert très vite.


La régularité

Le feeder est fondamentalement une pêche de rappel. Il est néanmoins intéressant de procéder à un amorçage léger, en début de journée, grâce à un feeder de grande taille. Il suffit de le remplir 5 à 10 fois et de le lancer sur le coup. Ensuite, vous accrocherez un feeder de taille normale sur votre ligne et, seulement après cela, vous mettrez un bas de ligne ! Pourquoi ? Tout simplement pour ne pas être tenté de pêcher alors que vous amorcez et pour faciliter le remplissage de l’amorçoir (pas de risque de se planter l’hameçon dans la main).Cet amorçage semi-massif terminé, il vous restera à lancer, toutes les 3 à 6 minutes, le feeder sur votre coup.

La régularité et la précision sont les mamelles de cette technique.

Les esches

Le choix est vôtre. Si l’asticot est roi, n’oubliez pas les vers de terreau coupés en morceaux, les casters et les graines. Ajoutez vos esches au fur et à mesure, c’est le seul moyen de bien les doser et cela évite d’en mettre trop. Sachez néanmoins mettre un gros paquet d'esche dans votre feeder pour faire redémarrer un coup !

! Attention !
Il faut toujours escher l’hameçon avant de remplir le feeder, sinon, le temps pris pour accrocher l’asticot permettra au contenu du feeder à se faire la malle.

La position de la canne

a. En plan d’eau et eau peu courante
La canne sera positionnée scion vers le bas, afin de soustraire la bannière au vent, sauf :
·       Quand la berge est encombrée par des plantes aquatiques
·       Quand le fond est encombré d’algues ou de branches
De plus, elle sera placée presque parallèle à la berge pour faciliter la détection des touches.

b. En rivière
Ici, vous veillerez à pointer le scion vers le ciel et à diriger la canne vers l’aval, ceci afin de soustraire au maximum la bannière au courant.
c. Par journée venteuse
Le vent engendre des difficultés pour détecter les touches. Le meilleur moyen de diminuer son effet négatif est de diriger le scion dans la direction du vent (le vent souffle à droite, positionnez la canne sur la droite). Cela aura pour effet d'amoindrir et d'adoucir les mouvements du scion causés par le souffle de l'air.

Le choix du scion

Ce détail nous importait peu lorsque jadis, munis de nos puissantes cannes au lancer, nous pêchions le «fond». Au feeder, le choix du scion est d’une très grande importance.

La règle, si elle est simple, est assez déroutante, car elle contraste avec nos vieilles habitudes : 
  1. La grosseur du scion ne dépend ni du poids du feeder, ni de la distance de pêche !!! 
  2. C’est le vent et le courant, et seulement eux, qui vont permettre de choisir le scion
Exemple : vous devez pêcher des brèmes de 400-500 g. à 60 mètres dans un étang profond : le feeder fera donc 40 g. (plus l’amorce). Sachant que les grosses plaquettes font des touches assez délicates, si vous mettez le scion fort de votre canne, vous ne verrez pas les touches. Le bon choix est donc le scion fin, s’il n’y a pas de vent, et le scion moyen s’il y en a.


Ne vous inquiétez pas pour votre scion fin, il est suffisamment résistant pour lancer même les plus gros amorçoirs.
Un scion trop tendu n’indique plus correctement les touches.

Votre position par rapport à la berge

Pour votre confort, donc votre efficacité, positionnez-vous, non pas face à l’eau, mais bien presque parallèle à la berge (Voir schéma). 

Derniers conseils

Je terminerai par une liste (non exhaustive) de trucs et ficelles pour remédier aux problèmes les plus courants.


Si vous ramenez votre feeder encore plein après 5 minutes d’immersion, c’est que, soit vous serrez trop l’amorce dans celui-ci, soit cette dernière est trop mouillée.
Remède : ajoutez une poignée de chapelure sèche à votre amorce, elle travaillera plus vite.


«J’ai des touches si rapides et brutales qu’il m’est impossible de les ferrer !»
Remède : Soit vous pêchez trop lourd, soit votre bas de ligne est trop court.


«Mes touches sont si peu visibles que, bien souvent, je ramène ma ligne et constate que mon asticot est sucé ou a disparu !»
Remède : Votre bas de ligne est trop long, raccourcissez le jusqu’à ce que vos touches soient bien marquées.


Les poissons paraissent ne plus avoir faim et mon amorçoir semble les effrayer.
Remède : Échangez votre feeder contre un plomb Arlesey, c’est bien plus discret.

Ajout du 25/09/2015 : au feeder, n'oubliez pas de sonder !


J’espère que cette réédition améliorée vous aura plu et qu’elle pourra répondre à vos questions principales. Le feeder est une méthode très fine et efficace, et il est fort à parier que vous en entendrez encore parler les années à venir. Je vous souhaite bonne pêche.

Texte et photos de JN Schmitz
Article publié dans le FP n°220