Faire ses casters, c’est s’offrir de multiples possibilités (1e partie) !


Dans ma panoplie des esches à absolument avoir, le caster a une place particulièrement importante. Son efficacité sur les gros poissons de toutes espèces m’a permis de me classer très honorablement dans pas mal de concours et même d’en gagner certains. Au niveau national et international, le caster a également rapporté de nombreux titres. Tout ceci est dû à un fait : le caster sélectionne les beaux poissons, qu’on soit amateur, chasseur de spécimens ou compétiteur !


Mais, au fait, c'est quoi, un caster ?


Nos anciens l’appelaient épine-vinette et ne l’utilisaient que par hasard, son nom est anglais, il est la chrysalide de la mouche. L’ignorant l’appelle asticot tourné et ne l’utilise pas, alors que celui qui sait le regarde comme une douceur à laquelle aucun poisson ne résiste. Nous avons toutes et tous été un jour des ignorants, mais désormais, saisissons l’opportunité qui s’offre à nous : pêchons au caster !

L’associer au chanvre, l’écraser dans l’amorce, l’agrainer pur, etc. sont autant de manières de l’utiliser. Mais avant d’en arriver là, il va falloir obtenir une quantité suffisante de ces petites bouchées croquantes. Les acheter ? C’est rare, cher et pas souvent de bonne qualité. Les faire soi-même ? Voilà qui est mieux, mais il va falloir respecter certaines règles !

Les 10 commandements du fabricant de caster sont


1. On fait toujours des casters avec des asticots de qualité
2. Il est plus efficace et facile de commencer au minimum avec ½ litre d’asticots
3. On ne chauffe pas artificiellement les asticots pour les faire tourner plus vite
4. On conserve les asticots dans de la polenta humide durant toute la procédure
5. Dès que les casters se forment, on tamise les asticots deux fois par jour
6. On élimine les asticots morts
7. Un caster clair à beige foncé coule, alors que, celui de couleur marron flotte. Il faut donc les trier en les plongeant dans l’eau. Cela va également les nettoyer. N’oubliez pas de les sécher
8. On conserve les casters fraîchement transformés dans un sachet hermétiquement fermé, dont on a enlevé l’air, et au frais dans le frigo. Votre mère, votre compagne ou votre épouse comprendra. Sinon, montrez-lui qui est l’homme à la maison et … allez acheter un petit frigo pour vos esches
9. On ne conserve jamais les casters dans l’eau lors du stockage pour éviter qu’ils ne meurent noyés, mais …
10. … On les garde dans l’eau et au frais lors de la pêche. De plus, on les ajoute petit à petit à l’amorce pour éviter qu’ils ne se transforment en casters flottants

La marche à suivre


1. Un bel asticot donne un bon caster
Comme on n’utilise jamais un vin qu’on ne boirait pas en cuisine, on ne doit pas non plus lésiner sur la qualité des asticots qu’on destine à finir en casters. En effet, le vilain petit canard ne se transformera jamais en grand beau cygne et, si vous voulez des casters de première qualité, la seule acceptable, vous devrez commencer par acheter des asticots uniformément frais, propres et bien vivants. Pourquoi ?
Si vous mélangez des asticots d’âges et de fournisseurs différents, leur transformation ne se fera pas au même moment, rendant la récolte difficile, voire aléatoire. Enfin, si les asticots ne sont préalablement pas débarrassés de la sciure, des crasses et des larves mortes, vous risquez d’en perdre plus qu’il ne faut.
Mon conseil : on peut obtenir de gros asticots blanc «à caster» dans certains magasins. N’achetez pas moins d’ ½ litre car, en dessous de cette quantité, l’opération relèvera du chipotage et les résultats seront mauvais. De toute manière, vous pourrez congeler ce que vous aurez obtenu en trop.
Un bac, 2L d'asticots bien frais et de la vieille chapelure

2. Le tamis 4mm est mon ami
Ce paragraphe aurait pu s’appeler «Jamais sans mon petit tamis». Ce sera votre outil principal. Pour de gros asticots, la maille de 4mm est la plus adaptée. Plus petite, rien ne passera et, plus large, vous n’arriverez jamais à trier les larves des casters.
A ceci, vous ajouterez un seau sur lequel s’adaptera le tamis et un bac plat pour recevoir les bébêtes en transformation.

3. Humidité et température modérée
Même avec des asticots de première qualité, il est possible de tout rater. Vos ennemis sont la sécheresse, l’échauffement des asticots et la lumière. Pour les combattre et obtenir des casters parfaits, vous allez utiliser à parts égales de la polenta fine humidifiée pour recouvrir vos larves (1L d’asticots, donc 1L de farine humide). Vous placerez le bac dans un endroit tempéré et sombre pour réduire le processus à 3 ou 4 jours. La polenta doit toujours rester humide, mais ne doit pas être détrempée, sous peine de voir les asticots vous jouer un remake de la grande évasion et votre épouse, votre compagne ou votre mère, le remake de «Kramer contre Kramer».
A propos de la température, j’ai entendu des horreurs comme «je place mes asticots dans le four quelques minutes pour qu’ils se transforment plus vite après avoir eu bien chaud» … C’est le meilleur conseil pour avoir des pertes importantes et que les survivants soient mal en point. Surtout, laissez faire la nature si vous voulez obtenir de la qualité !
On verse la chapelure (ou la farine de maïs) sur les asticots

On mouille ... mais pas trop !

On touille ... autant qu'on veut !
4. Les asticots se transforment, il est temps d’accélérer
Alors que les premiers jours, vous êtes allé voir vos asticots une fois par jour, dès que la transformation commencera, il vous faudra les tamiser matin (midi) et soir. La première récolte sera de moins bonne qualité. Triez-la bien.
Si les casters ne se forment pas assez vite, placez le bac dans un endroit un peu plus chaud ; s’ils se transforment trop vite, mettez-les dans une pièce plus froide
Les casters sont poussés à la surface par le mouvement des asticots : il est temps de les récolter !
5. Tamiser, nettoyer, conserver
Après tout passage dans le tamis, le fruit de ce tri devra être nettoyé à l’eau, séché, puis conservé dans un sachet hermétique dont vous aurez expulsé l’air. Le but est de conserver vivants les casters jusqu’à leur utilisation, mais sans qu’ils continuent à se transformer et deviennent flottants. Les conserver dans l’eau est à proscrire, car cela les tue et altère donc leur fraicheur. 
6. Dis-moi ta couleur et je dirai si tu coules
N’imaginez point que je fasse une quelconque discrimination basée sur la couleur. Je constate juste une chose :
- Les casters clairs coulent (beige, roux)
- Les foncés flottent (marron, noir)
Le meilleur moyen de les trier est de les plonger dans l’eau et de mettre de côté ceux qui flottent. Ces derniers seront néanmoins utiles pour alléger votre appât ou pêcher en surface. Ne les jetez donc pas.

Dessine-moi un caster ... ou comment savoir s'il est bon


Un beau caster est court, bien rond et ferme. S’il avait été un biscuit, on aurait pu le qualifier de « croustifondant ». Il coule vite également, mieux qu’un asticot à l’état de larve, grâce à sa densité et à son immobilité.
Par contre, si le caster est allongé et peu croquant (je vous rassure, c’est sous mes doigts que j’ai testé le côté croustillant de l’épine-vinette), c’est que l’asticot a eu chaud et est probablement mort lors de sa transformation. C’est le résultat qu’on ne veut pas avoir.

Conservation


Après les avoir préparés, enfermez vos casters dans un sachet bien fermé, purgé de son air et au froid. Ils resteront frais et vivants pendant 6 ou 7 jours maximum. Pour toute conservation plus longue, la congélation est une très bonne solution. Notez néanmoins qu’un caster qui a été congelé perd de sa densité et est à utiliser dans l’amorce et non pour réaliser un agrainage.

JN Schmitz

FP n°219

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